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Point d’intérêt 16- La ‘commune’ des Ifs

Le mot « Commune » est trompeur : il ne faut pas penser que le lieu-dit les Ifs soit une commune distincte de celle de Maizet, au sens d’une collectivité territoriale dirigée par un maire. Il s’agit bien d’un hameau qui fait partie de Maizet.

N.B. : Nous gardons une majuscule au mot « Commune » pour bien le différencier de son homonyme « commune » au sens administratif.

Il s’agit en fait d’un autre sens utilisé dès le XIIe siècle : « groupe de gens vivant en commun ou recherchant ensemble un but commun ». Aujourd’hui, on emploierait plutôt le terme d’« association ».

L’origine de l’appellation « ifs » est en revanche incertaine. Mais elle pourrait avoir un rapport avec le fait qu’une forêt couvrait les lieux et que des ifs y poussaient en abondance, tout simplement.

La création de la « Commune »  

Jusqu’au XIIIe siècle, une immense forêt s’étend de part et d’autre des rives de l’Orne. La forêt de Grimbosq et les petits bois qui se trouvent aujourd’hui sur le canton sont les restes de cette grande étendue verte.

Du Xe au XIIe siècle, la population française augmente beaucoup : il n’y a pas de guerre, ni d’épidémie. On a besoin de nouvelles terres cultivables pour nourrir tout le monde. La solution est trouvée : on va défricher la forêt.

Mais pour cela, il faut des bras, de la main d’œuvre. Alors pour attirer de nouvelles personnes, les seigneurs proposent un vaste terrain commun à tous, une prairie.

C’est ce qu’on appelle une « Commune ». 

Autour de cet espace, on construit les maisons séparées les unes des autres par des clôtures.

Le plan cadastral ci-dessus montre que tout est organisé de façon rectiligne : les lignes droites figurent des chemins, et non pas des limites de parcelles car les paysans ne sont pas propriétaires des terres sur lesquelles ils vivent. Ils sont tracés au cordeau et mènent tous à la « Commune », la prairie centrale.

On s’organise alors tous ensemble : les vaches de chaque famille sont parquées au centre et surveillées par l’ensemble des habitants. Des règles sont établies au fil du temps : interdiction aux chevaux, taureaux, moutons, chèvres et porcs ; seuls les vaches et les veaux sont autorisés. Les terres sont octroyées par le seigneur contre une redevance très modeste. Ces nouveaux paysans gèrent en commun un bien qui ne leur appartient pas (la prairie commune), c’est ce qu’on appelle l’usufruit.

Cette coutume, que l’on retrouve dans toute la France, a aidé les habitants des communautés rurales à survivre.

Au XVIIIe  siècle, ce droit est contesté partout en France dans un but spéculatif et au prétexte que les terres sont mal ou peu entretenues. De grandes compagnies demandent au roi de s’approprier les terres des « Communes », et celui-ci donne son accord.

Mais à Caen, l’intendant du roi (l’équivalent aujourd’hui du préfet) se montre très réservé et peu enclin à appliquer cette décision ; il estime que ce droit de la « commune » profite aux plus pauvres.

En 1789, la « Commune » des Ifs est donc sauvée.

Au XIXe siècle, des routes sont aménagées pour traverser la « Commune », la divisant ainsi en 3 parcelles. Avant la Seconde guerre mondiale, 5 exploitants l’utilisent encore, payant taxes et impôts au prorata du nombre de bêtes qui paissent sur la prairie commune.

Dans les années 2000, suite au remembrement, a été créé la rue des Ifs. La « Commune » a été partagée : une parcelle de terrain a été vendue à chaque riverain, une parcelle est restée propriété de la commune de Maizet (qui en a fait un parking) et le reste a été vendu au dernier exploitant agricole.

Le système de la « Commune » aux Ifs aura ainsi perduré près de 800 ans.