Point d’intérêt 3 – Le manoir de Saint-Fresne

En bref
- Propriété de la famille de Saint-Fresne depuis le XVIIe siècle, le manoir tel que nous le voyons aujourd’hui a été construit au XVIIIe
- Les de Saint-Fresne était une famille de chirurgiens et de médecins célèbres dans la région de Caen.
- L’un des membres de cette famille, Jean-Baptiste de Saint-Fresne, a eu des différends avec le curé du village.

Le nom de ce manoir vient de la famille qui en était la propriétaire au XVIIe siècle, les « de Saint Fresne », famille de chirurgiens de la région.
Construite au XVIIIe siècle, cette propriété se compose :
- d’une maison de maître, c’est-à-dire la maison d’habitation. Sur 2 niveaux avec 6 larges fenêtres, comme c’était la mode sous Louis XV, la façade avant compte aussi 2 mansardes pour les combles.

- d’un bâtiment à gauche de la maison qui abritait un four à pain et un puits. C’était ce qu’on appelait « les communs », des infrastructures que tous les habitants du village pouvaient venir utiliser.


Le puits et le four à pain aujourd’hui, encore visibles dans le logement des propriétaires actuels
- d’un autre bâtiment à usage agricole : il servait de grenier, d’écurie et de pressoir (le pressoir a été conservé et est encore état de marche aujourd’hui)
- de 2 jardins : le jardin d’agrément se situe à l’avant de la maison et possède son propre puits ; à l’arrière, le jardin potager était protégé par le haut mur qui entoure la propriété.

Querelles de clochers
Le membre de la famille sur lequel nous avons le plus d’informations est Jean-Baptiste de Saint Fresne.
Il naît en août 1729 dans une famille protestante, alors que la majorité du village est catholique.
| Quelle différence entre protestants et catholiques ? |
Dans la grande famille des religions chrétiennes, il y a 3 branches principales, qu’on appelle « confessions » : l’orthodoxie, le catholicisme et le protestantisme.
En France, ce sont surtout les 2 dernières qui ont été très représentées.
Les protestants et les catholiques partagent les mêmes racines chrétiennes (Bible, culte le dimanche, prières) et croient en un seul dieu.
Mais au XVIe siècle, la scission se fait : la Réforme, instituée par Martin Luther et Jean Calvin, conteste certaines pratiques et doctrines de l’Église catholique. Les protestants refusent notamment la hiérarchie (archevêques, évêques, curés) et l’autorité du pape. Ils estiment que la Bible est la seule source de leur foi et qu’il n’y a pas besoin d’intermédiaire pour la pratiquer.
| Jean-Baptiste de Saint-Fresne, protestant converti au catholicisme |
Bien que né et élevé dans la religion protestante, Jean-Baptiste se convertit au catholicisme dans l’église de Maizet le 19 avril 1749, à l’âge de 19 ans. Réelle conviction ou intérêt ? La raison de cette conversion ne nous est pas connue. Mais ses histoires avec le curé de Maizet laissent penser qu’il a gardé une certaine réticence face à l’autorité religieuse.
Il fait ensuite ses études à l’Université de Caen et devient chirurgien à l’âge de 25 ans.
Il se marie en 1760, avec Anne-Thérèse Le Hardy, dont le père est chirurgien royal et lieutenant du premier chirurgien du roi Louis XV, Monsieur Nicolas-Jacques Le Hardy. Trois enfants naissent de cette union.
A partir de cette date, plusieurs documents ont relaté les querelles qui opposent Jean-Baptiste au curé de Maizet.
| L’affaire du banc de l’église |
Lors de son mariage en 1760, Jean-Baptiste demande à posséder un banc pour lui et sa famille. Le curé de l’époque, l’abbé du Rosel, propose de voir cela avec le trésorier de la paroisse. Mais Jean-Baptiste refuse : cette publicité indisposerait ses parents et les empêcherait de vouloir se convertir au catholicisme comme lui un jour. Le curé accepte alors de faire construire un banc à ses propres frais et de le louer à la famille pour 6 livres par an.
Pendant 12 ans, la famille occupe le banc comme prévu, mais sans jamais payer le loyer ! En effet, Jean-Baptiste le trouve trop cher.
En 1772, des travaux sont réalisés dans la nef. On procède alors au démontage de tous les bancs.
Jean-Baptiste récupère « le sien » et le vend aussitôt, refusant de rendre l’argent au curé !
| L’affaire des ormes |
En 1736, le père de Jean-Baptiste avait fait planter toute une ligne d’arbres, des ormes, le long de sa propriété tout au bord du cimetière. Mais il n’avait pas respecté les distances de plantation !
Or à cette époque, il y avait dans le cimetière une rangée de poiriers, dont le curé avait le droit de profiter, tant pour sa nourriture et que pour les vendre. C’était courant à cette époque.
Mais au fur et à mesure que les ormes grandissent, les poiriers, privés de soleil, dépérissent !
Le conseil paroissial, équivalent aujourd’hui à notre conseil municipal, décide donc de faire arracher les ormes.
Jean-Baptiste va alors trouver le curé et lui fait valoir que son père étant âgé, cela lui briserait le cœur de voir ses ormes abattus. Il promet de les faire abattre une fois son père décédé.
Son père meurt quelques temps plus tard et le curé réclame donc que les ormes soient abattus.
Jean-Baptiste tente encore de s’y opposer en disant qu’il y a prescription car les ormes ont été plantés il y a plus de 40 ans.
Hélas, nous n’avons pas le fin mot de cette histoire. Cependant toute trace des ormes ayant disparu, il semble qu’ils aient fini en bois de chauffage quelques temps après.
Jean-Baptiste de Saint Fresne a vécu toute sa vie dans le manoir et y est mort en 1814, à l’âge de 85 ans.
Ses descendants ont tous été médecins ou chirurgien, de père en fils. Le manoir est resté dans la famille de Saint Fresne jusqu’en 1880.